REMI COLOMBET
Preuves/épreuves
La pleine conscience de l’instant présent consiste simplement à observer les objets physiques et mentaux qui se présentent à l’esprit. 
APPRENTISSAGE
 1979. Je commence la photographie, à Saint Raphaël, en amateur à 14 ans sur le petit Kodak rétinette  ayant appartenu à mon père, je m’initie à la pratique du Laboratoire (tirages argentiques)  et suis des cours théoriques plutôt ennuyeux…Premières photos de nuit, portraits, paysages.Achat d’un Polaroïd également, mais peu de tirages, les packs coutant déjà très cher à l’époque…Un apprentissage en somme.
En même temps, l’abandon, la destruction de nombreux ouvrages, bâtiments, de la simple maison au « Grand hôtel » à Fréjus - plage, « le Provençal » à Golfe Juan ou la villa Noailles à Hyères, vestiges modernistes, vertiges modern-style, me touchent déjà, m’interpellent. Qui étaient les gens qui avaient façonné tout cela ?
La Côte d’Azur regorge de ses « vaisseaux échoués », érigés au XIXème et XXème siècle, laissés pour compte, hors mode, cette situation perdure encore aujourd’hui.
Après avoir délaissé cette pratique pendant une dizaine d’année pour me consacrer à la musique, j’y reviens et retravaille l’argentique à l’aide d’anciens appareils, un vieux Pentax spotmatic ou Leica M2. Un intérêt pour l’alchimie du tirage et ses expérimentations hasardeuses.

 Ce n’est que récemment que je décide d’approfondir mes « perceptions » et d’y revenir, par la voie numérique, cette fois, avec une sensation « d’étouffement » et réalisant, tardivement que la « technique » tant abordée n’était finalement rien ! Parallèle obligé avec l’expérience musicale, du studio, interminables journées à essayer de saisir de beaux « déplacements d’air »,  toute cette claustrophobie artistique qui vous fait perdre définitivement votre spontanéité et votre fraicheur .
Un parcours « instinctif » m’aurait été beaucoup plus  profitable.
Souvenir. Perceptions, réminiscences, déjà vu.
J’emprunte volontiers le terme de « perception » à l’artiste LISA VADÖS, car le terme de « photographie » ne me correspond finalement pas, techniquement parlant, l’appareil n’étant ni plus ni moins qu’un barrage entre une certaine réalité et le ressenti profond éprouvé, différent certes d’un  photographe à l’autre, dépendant du vécu de tout un chacun, de ses peurs, ses joies, de ses motivations profondes…
L’acte « photographique » est déjà en lui-même une capture d’instant appartenant déjà à l « inexistant », une trace de vie, le témoignage ou la preuve/épreuve d’une petite mort, à chaque fois.
Je tente de faire ressortir dans mon travail cette sensation de déjà-vu, à l’instar d’un Geoff Barrow en 1994, qui avait compris (sans oublier ses maitres concrets comme Bernard Parmegiani) que l’utilisation de textures, paysages sonores ou samples craquelés, permettrait  l’émotion viscérale ; ou bien d’un Will Gregory s’inspirant d’un Ennio Morricone, dont les films sont  hantés par d’obsessionnelles réminiscences… Curieuse coïncidence !
Un simple jardin ou tout arbuste est devenu arbre, une baraque moderniste délabrée, fragile témoignage d’une côte dévastée par un trop plein d’envies, une vision d’un passé révolu et non pas une vision passéiste pour ces temps que je n’ai pas connu me pousse à un travail de recherche de « traces », d’ «odeurs», de «signes», et dont je ne serais, finalement, que le médiateur.
Ici, point question de décrépitude magnifiée, aux relents de moisissures, dont certains décrivent l’attirance morbide, qu’ils assimilent à de la mélancolie. Il ne s’agit là que de frêles instants saisis avant une dernière démolition, voire pire,  une mauvaise restauration, que l’on parle d’une maison, d’un décor matinal ou tout simplement d’un être sur le départ ou voué à disparaître ?
Car au final, tout ceci n’est il pas une réaction naturelle d’un être humain face à l’inéluctable dépérissement de toutes chose au fil de transformations plus ou moins lentes.
Dépérissement, y  compris de toutes preuves/épreuves.
 
Rémi Colombet

REMI COLOMBET

Preuves/épreuves

La pleine conscience de l’instant présent consiste simplement à observer les objets physiques et mentaux qui se présentent à l’esprit.

APPRENTISSAGE

1979. Je commence la photographie, à Saint Raphaël, en amateur à 14 ans sur le petit Kodak rétinette ayant appartenu à mon père, je m’initie à la pratique du Laboratoire (tirages argentiques) et suis des cours théoriques plutôt ennuyeux…Premières photos de nuit, portraits, paysages.Achat d’un Polaroïd également, mais peu de tirages, les packs coutant déjà très cher à l’époque…Un apprentissage en somme.

En même temps, l’abandon, la destruction de nombreux ouvrages, bâtiments, de la simple maison au « Grand hôtel » à Fréjus - plage, « le Provençal » à Golfe Juan ou la villa Noailles à Hyères, vestiges modernistes, vertiges modern-style, me touchent déjà, m’interpellent. Qui étaient les gens qui avaient façonné tout cela ?

La Côte d’Azur regorge de ses « vaisseaux échoués », érigés au XIXème et XXème siècle, laissés pour compte, hors mode, cette situation perdure encore aujourd’hui.

Après avoir délaissé cette pratique pendant une dizaine d’année pour me consacrer à la musique, j’y reviens et retravaille l’argentique à l’aide d’anciens appareils, un vieux Pentax spotmatic ou Leica M2. Un intérêt pour l’alchimie du tirage et ses expérimentations hasardeuses.

Ce n’est que récemment que je décide d’approfondir mes « perceptions » et d’y revenir, par la voie numérique, cette fois, avec une sensation « d’étouffement » et réalisant, tardivement que la « technique » tant abordée n’était finalement rien ! Parallèle obligé avec l’expérience musicale, du studio, interminables journées à essayer de saisir de beaux « déplacements d’air », toute cette claustrophobie artistique qui vous fait perdre définitivement votre spontanéité et votre fraicheur .

Un parcours « instinctif » m’aurait été beaucoup plus profitable.

Souvenir. Perceptions, réminiscences, déjà vu.

J’emprunte volontiers le terme de « perception » à l’artiste LISA VADÖS, car le terme de « photographie » ne me correspond finalement pas, techniquement parlant, l’appareil n’étant ni plus ni moins qu’un barrage entre une certaine réalité et le ressenti profond éprouvé, différent certes d’un photographe à l’autre, dépendant du vécu de tout un chacun, de ses peurs, ses joies, de ses motivations profondes…

L’acte « photographique » est déjà en lui-même une capture d’instant appartenant déjà à l « inexistant », une trace de vie, le témoignage ou la preuve/épreuve d’une petite mort, à chaque fois.

Je tente de faire ressortir dans mon travail cette sensation de déjà-vu, à l’instar d’un Geoff Barrow en 1994, qui avait compris (sans oublier ses maitres concrets comme Bernard Parmegiani) que l’utilisation de textures, paysages sonores ou samples craquelés, permettrait l’émotion viscérale ; ou bien d’un Will Gregory s’inspirant d’un Ennio Morricone, dont les films sont hantés par d’obsessionnelles réminiscences… Curieuse coïncidence !

Un simple jardin ou tout arbuste est devenu arbre, une baraque moderniste délabrée, fragile témoignage d’une côte dévastée par un trop plein d’envies, une vision d’un passé révolu et non pas une vision passéiste pour ces temps que je n’ai pas connu me pousse à un travail de recherche de « traces », d’ «odeurs», de «signes», et dont je ne serais, finalement, que le médiateur.

Ici, point question de décrépitude magnifiée, aux relents de moisissures, dont certains décrivent l’attirance morbide, qu’ils assimilent à de la mélancolie. Il ne s’agit là que de frêles instants saisis avant une dernière démolition, voire pire, une mauvaise restauration, que l’on parle d’une maison, d’un décor matinal ou tout simplement d’un être sur le départ ou voué à disparaître ?

Car au final, tout ceci n’est il pas une réaction naturelle d’un être humain face à l’inéluctable dépérissement de toutes chose au fil de transformations plus ou moins lentes.

Dépérissement, y compris de toutes preuves/épreuves.

Rémi Colombet